Portrait

Matteo Capponi, maître assistant en grec ancien

Matteo Capponi, 42 ans, père de deux enfants, travaille depuis 2017 comme maître assistant en grec ancien à l’Université de Lausanne. Il est également actif au sein de la compagnie STOA (Scène et traduction pour les œuvres anciennes).

(mai 2018)

 

Quelles disciplines avez-vous étudiées et dans quelle université ?

Le français, l’ethnologie et le grec ancien (mais d’abord la géographie !) à l’Université de Neuchâtel.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux sciences de l’Antiquité ? Avez-vous vécu une expérience clé qui a été déterminante pour le choix de vos études ?

Comme tout le monde, j’ai été bercé dans mon enfance par les aventures d’Ulysse et les mythes grecs. J’ai fait du grec pour imiter mon père. À l’Université, je ne pensais pas continuer, mais j’ai intégré le « Groupe de théâtre antique »… et tout s’est enchaîné.

Aviez-vous avant vos études un profil professionnel précis en tête, avez-vous eu des modèles ?

Non. Je pensais vaguement devenir ethnologue et voyager.

Comment avez-vous vécu vos études, qu’est-ce qui vous a particulièrement plu ou fait plaisir et qu’est-ce qui vous a au contraire causé des difficultés ?

C’était un temps de liberté et de découvertes. Ce qui m’attirait est aussi ce qui posait problème : tisser des liens entre les disciplines, les époques et les cultures. Comparer rites dionysiaques et transes des Gnawas du Maroc par exemple, c’était fascinant ; rapprocher métrique éolienne et méthodes de portage dans les Andes, c’était plus compliqué…

Pourriez-vous nous raconter brièvement votre cheminement professionnel après vos études ?

Brièvement ? D’abord enseignant d’allemand et de français, puis assistant de grec ancien. Puis coordinateur de la Semaine de la langue française et de la francophonie. Ensuite collaborateur scientifique au Service de la culture du canton de Neuchâtel, en même temps que maître d’enseignement et de recherche suppléant dans le cadre du programme Sciences humaines et sociales (SHS) de l’EPFL. Enfin maître assistant en grec ancien à l’université de Lausanne.
Et pendant tout ce temps, animateur, traducteur, comédien et dramaturge – notamment au sein de ma compagnie STOA (Scène et traduction pour les œuvres anciennes).

Pourriez-vous nous décrire votre activité professionnelle actuelle, en mentionnant les aspects que vous appréciez en particulier et ceux qui vous plaisent moins ?

Un poste de maître assistant, c’est beaucoup de temps pour la recherche et quelques heures d’enseignement. C’est un rêve (qui dure 4 ans). J’en profite pour développer mes recherches personnelles, éditer des traductions, animer un atelier de théâtre antique…
Quant à l’enseignement, j’essaie autant que je peux des pédagogies nouvelles : en intégrant le théâtre dans mes cours, en faisant participer les étudiants, en les incitant à présenter leurs séminaires sous forme de sketches, d’œuvres d’art, de films ; en les invitant toujours à faire le lien avec le présent. Je suis moins à l’aise lorsqu’il s’agit d’enseigner de manière traditionnelle. Je m’ennuie un peu.

Qu’est-ce que vos études vous ont apporté d’utile pour votre activité actuelle ?

Evidemment, le contenu des cours et les « techniques » philologiques imprègnent mes cours et mes recherches. Mais paradoxalement ce sont des éléments moins directement attachés aux études qui m’ont été le plus profitables : mon année Erasmus à Berlin, le fait d’avoir incarné Dionysos sur scène, l’humanité de certains de mes enseignants...

Quelles sont les connaissances et les capacités qui sont essentielles pour votre vie professionnelle actuelle et que vous avez acquises en dehors du contexte de vos études ?

Le théâtre : C’est mon sujet principal de recherche. Mais il détermine aussi ma manière d’enseigner. Tous les textes antiques sont oralisés, voire « joués » en classe.
L’animation : Depuis que j’ai suivi un CAS en animation théâtrale, je souhaite avant tout rendre les étudiants actifs et créatifs durant le cours.
La coordination : Mine de rien, le fait d’avoir travaillé dans l’« event » et d’avoir connu les rouages de l’administration m’a ouvert l’esprit et obligé à acquérir un sens pratique que j’utilise au quotidien.

Rétrospectivement, quelles conditions vous semblent importantes pour faire des études dans le domaine des sciences de l’Antiquité ? Et quels résultats ou quelles réalisations se sont révélé(e)s pertinent(e)s pour vous après les études ?

Aimer sa matière. Rester ancré dans le présent. Savoir rebondir et s’adapter.
C’est ce que j’ai appris et fait en dehors du grec qui me permet aujourd’hui de vivre du grec.

Avez-vous eu de la facilité à trouver un emploi après vos études ?

Oui, grâce à Zeus. Souvent pas où je l’attendais, et pas forcément dans les sciences de l’Antiquité. Mais jusqu’ici une porte s’est toujours ouverte, qui m’a permis d’aller plus loin.

Pour quelles raisons conseilleriez-vous à un/e gymnasien/ne de choisir des études dans le domaine des sciences de l’Antiquité ?

Pour pouvoir tutoyer les dieux !

Matteo Capponi, maître assistant en grec ancien à l'Université de Lausanne